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Libre-arbitre : Pourquoi je suis païen ? Et ce que ça implique

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Temps de lecture : 10 minutes

Ceci est un post d’opinion, il est subjectif, je donne mon sentiment personnel sur la question. Nous pouvons faire des lectures différentes de mêmes évènements historiques. Tout le monde ne verra pas les choses comme je le fais ici. Mais, il n’en reste pas moins que cette vision s’appuie sur des données historiques (que je ne fais qu’effleurer ici).

Mon gros défaut, c’est que j’essaye de comprendre, de vraiment comprendre les choses qu’on me dit. Je vérifie, je creuse jusqu’à la racine, je fais des liens.

Bon, autant le dire, c’est une réflexion personnelle sur le libre-arbitre, tellement extrême, que je suis probablement un peu tout seul dans mon coin, même si, paradoxalement, je pense faire partie d’une lame de fond (et donc je suis loin d’être seul). Pourtant, de mon point de vue, je fais simplement 1+1=2. C’est une opinion, pas une démonstration (d’abord, je ne peux pas tout dire, ensuite, c’est un point de vue subjectif qui ne sera pas forcément partagé).

Soit, je suis pré-curseur, soit je suis fou. À vous de juger.

Mais de quoi est-ce qu’il parle, vous vous dites ? des païens, il y en a plein, c’est même relativement « à la mode », du moins, c’est une tendance montante, avec les préoccupations liées à la nature et la recherche de spiritualité alternative (au christianisme). En tout cas ce n’est pas très révolutionnaire.

Certes.

Alors, je vais vous parler du libre-arbitre. De son origine religieuse / spirituelle. De ses conséquences sociétales.

Quel rapport ?

C’est en creusant la question du libre-arbitre que je suis devenu païen.

Je gage que vous n’avez probablement jamais entendu un tel discours. Accrochez-vous, il va y avoir un passage un peu « technique », mais si vous me suivez, vous allez mieux comprendre comment notre société est architecturée spirituellement et ce que ça implique dans votre quotidien. Si vous me suivez, je vous garantis que votre manière de voir le monde va changer. Mais vous serez à poil. Donc ça demande un certain courage si tant est que je ne me trompe pas.

C’est un peu long, mais j’ai raccourci autant que je pouvais, croyez-moi. Il y aurait tant à dire. Du coup, je prends le risque de faire des raccourcis qui ne seront pas compris. C’est un compromis.

Au départ, je me suis intéressé aux textes religieux « bêtement » parce que ça semblait tomber sous le sens : si la sagesse était compilée quelque part, ça semblait le meilleur endroit pour commencer à étudier la question. J’ai lu la Bible, ancien et nouveau testament, en entier, le Coran (en entier aussi), et plus tard la Bagava Gita, et les Eddas. Je les ai lus sans qu’on ne me les explique. C’est peut-être à cause de ce regard neutre que j’y ai vu des choses que les autres ont appris à ne pas voir.

Le vrai sens du libre-arbitre

D’abord, entendons-nous bien, le « libre-arbitre » peut signifier deux choses. La première chose, c’est notre capacité à avoir une délibération intérieure pour prendre une décision sur une question quelconque. De toute évidence, vous, moi, avons ce « libre-arbitre ». Mais je préfère parler de degré de liberté, pour indiquer le côté relatif de la chose.

Mais la « vraie » définition du libre-arbitre est :

Le libre arbitre est la faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y obligent. « Se déterminer à » ou « être déterminé par » illustrent l’enjeu de l’antinomie du libre arbitre d’un côté et du destin ou de la « nécessité » de l’autre.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Libre_arbitre

Lisez bien « faculté à se déterminer librement et par lui seul« . Eh bien ça, ça n’existe pas. Purement et simplement.

Pourquoi ?

Quand nous pensons, nous ne pensons pas « librement et par nous seul », nous sommes influencés par tout un tas de choses : par nos gènes, par notre culture, par l’état, par les clergés, par les marchés, par notre microbiote, notre famille, nos amis, les médias, et je dois sûrement en oublier. Nous avons un certain degré de liberté, qui peut augmenter à la mesure que l’on prend conscience des influences et de l’effort que nous faisons à penser par nous même, mais ce n’est qu’un degré (très) limité dans tous les cas.

En vrac, voici quelques exemples : Votre humeur et/ou certains traits de personnalités peuvent être changés si on change votre flore buccale. Si vous avez faim, vos pensées seront plus « agressives ». Nos comportements sexuels sont très influencés par l’évolution (cf. la psychologie-évolutive). Nos émotions et nos pensées peuvent être influencées par des traumatismes d’enfance, et même des traumatismes inter-générationnels (il peut y avoir transmissions de certaines mémoires émotionnelles à travers la barrière séminale via l’épigénétique). Vous ne négocierez pas pareil si vous êtes assis sur un fauteuil confortable ou une chaise dure. Etc. Je n’invente rien, les sciences cognitives et les philosophes actuels reconnaissent volontiers ce fait. Par exemple, le philosophe Daniel Dennet explique que le libre-arbitre n’est rien de plus qu’une fiction sociale.

Ce ne sont que quelques exemples, et je ne fais qu’effleurer la surface.

Pour le dire simplement : l’humain pense en groupe.

Probablement que vous vous dites « Oui, bon, c’est normal, on est libre de penser, mais pas d’agir, on est contraint dans nos choix ». Même si cette affirmation contient une part de vérité, elle est doublement fausse. Fausse en elle-même, car nos pensées sont vraiment influencées indépendamment de nos possibilités d’action (par exemple dans un super-marché, avec la même somme en poche, vos achats sont « vraiment » influencés), et en plus, ce n’est pas vraiment ce dont il est question.

L’origine du libre-arbitre

Pour comprendre, il nous faut remonter à l’origine de ce concept de libre-arbitre. C’est une invention de Saint-Augustin. Et la raison pour laquelle il l’a inventé est précisément pourquoi je suis païen.

Saint Augustin, l'inventeur du libre-arbitre

Petit aparté, pour planter le décor, je rappelle une fameuse phrase de St Augustin :

La persécution exercée par les impies contre l’Église du Christ est injuste, tandis qu’il y a justice dans la persécution infligée aux impies par l’Église de Jésus-Christ. L’Église persécute par amour ; les impies par cruauté.

Augustin (354-430) écrit dans la Lettre 185 à Boniface

C’est ce même personnage qui est à l’origine du « libre-arbitre ». Normalement, ça devrait vous mettre la puce à l’oreille.

Mais alors de quoi s’agit-il ? Et en quoi ça nous concerne, 1600 ans plus tard ?

Eh bien, il s’agit de répondre à la contradiction : « Si votre Dieu est un Dieu d’amour et qu’il est tout-puissant, alors, pourquoi souffrons-nous ? »

Naissance du libre-arbitre dans le jardin d'Eden

En effet, dans la bible, Dieu est tout-puissant, Satan lui est soumis, et si Jésus se sacrifie par amour, il est donc pur amour, donc si c’est « Lui » qui a créé le monde, pourquoi nous fait-il souffrir ? ça n’a pas de sens… sauf si… sauf si c’est notre faute ! tadan ! Dieu dans son immense amour nous a donné le « libre-arbitre », et nous avons choisi (c’est ballot) de le renier (méchante Eve, méchante !) et de ce fait, nous souffrons à cause de la faute de deux personnages mythiques. Je vous épargne l’examen détaillé de l’épisode de la pomme dans la genèse et des nombreuses contradictions qu’il soulève.

Mais bon bref… si nous avons le libre-arbitre, c’est pour résoudre les contradictions de textes religieux d’origine juives (si Dieu n’était pas tout-puissant, alors le mal serait son rival, mais dans ce cas, la résurrection et le paradis ne seraient pas garantis). Il n’y a pas d’autre raison.

Tout ce que j’écris là n’est pas un délire personnel :

De ce concept forgé par la théologie patristique latine, il n’est pas exagéré d’écrire qu’il fut développé pour préciser la responsabilité du mal, en l’imputant à la créature de Dieu.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Libre_arbitre

Les implications dans notre société

Ok. Si vous m’avez suivi jusqu’ici, vous vous dites peut-être, « soit, admettons, mais qu’est-ce que ça change ? ». Ça change tout, absolument tout ! Et d’ailleurs, c’est bien pour ça que c’est difficile : on perd ses repères sociaux. J’ai bien conscience que ce processus n’est pas pour tout le monde.

Encore une fois, je vais faire le plus court possible quitte à être un peu simpliste. Je pourrais vous parler de controverse de l’ordre de Saint-François et d’autres épisodes historiques passionnants, mais ce serait trop long.

Donc, cette histoire de « libre-arbitre » fût la pierre de voute de la théologie de l’Église catholique. Après avoir résolu de nombreuses controverses (tel que le sexe des anges, véridique), les théologiens et penseurs ont petit à petit construit une conception de l’homme qui en découle. Avec un apport notable de la philosophie Grecque à l’époque de la renaissance.

C’est au siècle des lumières, après les découvertes de Newton, Galilée et les autres, qu’a émergé la conception moderne : l’homme fait usage de la raison, raison qui est le fondement de son libre-arbitre, qui est la spécificité de l’être humain. L’humain utilise sa raison pour trancher entre le bien et le mal, et c’est pour cela qu’il possède une âme. Les animaux n’ont pas d’âme, ils ne connaissent pas le « bien et le mal », ne raisonnent pas, ainsi l’homme est supérieur. Il peut exploiter sans vergogne la nature puisqu’il n’en fait pas partie.

La raison, le libre-arbitre et toute la théologie qui en découle provoque un effet pervers : l’homme est seul face à lui-même, il ne peut sauver que son âme à lui, il est coupé de la nature (puisqu’il est censé décider sans influence extérieure). En un mot, il devient un « individu ». Il n’est plus membre d’autre chose, si ce n’est de l’église universelle. Même s’il est censé faire le bien, il le fait pour sa gueule à lui, pour sauver son âme à lui. À partir de là, la famille, le peuple, la nation, les corporations, les associations, bref, tout ce dont il peut faire partie ne sont plus que des contingences matérielles avec lesquelles il faut composer tant qu’on est incarné sur terre. Mais fondamentalement, cette théologie fait de lui un être isolé de tout, des autres, de la nature et même de lui-même puisqu’il est censé lutter contre ses propres passions charnelles/animales (toujours le même Saint Augustin ayant décrété que le péché originel était le sexe et qu’il devait être limité à la procréation).

Bien sûr, même avec un tropisme (une tendance) vers l’individualisme (à l’inverse des païens de l’époque pour qui l’important était la lignée), il n’était pas possible de survivre en étant individualiste au moyen-age pour l’immense majorité des gens. Les choses se sont faites petit à petit au fil des siècles.

C’est à l’ère moderne que s’est accompli pleinement cette « vision » de l’homme de St Augustin, avec l’état-nation, avec l’abondance découlant des révolutions industrielles.

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Même si nous sommes dans des sociétés sécularisées, leur architecture a été pensée à l’ère chrétienne. L’homme, du moins son âme, est sacré. De là en découle :

  • Les droits de l’homme., de toute évidence.
  • Le libéralisme économique, dont le cœur est la liberté d’entreprendre, qui découle en ligne droite du libre-arbitre.
  • La propriété privée garantie par l’état qui fonde la limite de la liberté : on peut faire ce qu’on veut avec ce qu’on possède, mais on n’a pas le droit de toucher la propriété d’un autre.
  • La démocratie : le droit de vote pour tout un chacun : puisque tout le monde à une âme et donc un libre-arbitre, et donc la capacité de choisir par la raison « éclairée », le droit de vote légitimant la notion d’état – notez que la démocratie actuelle n’a rien à voir avec la démocratie Grecque réservée aux citoyens soldats.
  • Le système de justice : on punit quelqu’un qui fait un mauvais usage de sa raison, qui choisit le « mal » en connaissance de cause.

Vous commencez à comprendre comment tous nos concepts civilisationnels usuels, auquel on ne pense jamais, sont issus d’une « tromperie » théologique ?

Alors, à l’époque, on considérait la Bible comme le livre saint. Donc, il était normal d’essayer de le « comprendre » et de résoudre les contradictions apparentes. Il était impensable de se dire que c’était juste un bouquin mal écrit … sauf que bon, maintenant, on a dépassé ce stade et on sait que les histoires d’Adam et Eve et compagnie ne tiennent pas débout.

En principe, vous devriez commencer à faire des liens : pourquoi nous avons des problèmes écologiques ? pourquoi nous avons dérivé vers des sociétés individualistes ? pourquoi l’état est devenu totalitaire ? pourquoi nous donnons tant de pouvoir aux marchés ?

Que devrait-il survenir à une société entièrement basée sur une théorie aussi fumeuse ?

Maintenant, pour terminer, même si cet écrit n’est qu’une rapide esquisse, je voudrais prendre un exemple très très concret. Attention, je vous préviens, vos réflexes culturels « occidentaux » vont être bousculés. Je n’écris pas ça pour choquer, mais pour que vous réalisiez à quel point vous… n’avez pas votre libre-arbitre ! lol

Un exemple d’alternative

Prenez le cas d’une fille qui se fait violer.

Dans notre culture, la réponse, c’est de mettre le coupable en prison pour une période déterminée par une juge en fonction des circonstances. On juge en fait la capacité du coupable à avoir conscience du mal qu’il a fait et d’y avoir résisté. La justice toute entière est basée sur la hiérarchie du droit dont le fondement est le fait que l’homme « possède corps et âme ».

Dans d’autres cultures, la femme violée se fait lapider. Pourquoi ? Parce qu’elle n’aurait pas dû sortir de chez elle sans protection, elle a déshonoré sa propre famille par son comportement provocateur. L’honneur de la famille doit être lavé.

Dans d’autres cas, les membres de la communauté de la victime vont aller s’en prendre aux membres de la communauté du violeur pour leur expliquer « d’homme à homme » qu’ils doivent surveiller/éduquer leurs hommes sous peine de grave conséquences. Le coupable n’est pas vu comme un individu, mais comme membre d’un groupe et c’est au groupe de répondre de lui

Mais dans notre civilisation, on ne juge que les crimes individuels d’une personne qui est censé utiliser sa raison pour juger du bien et du mal et on le punit en conséquence.

Vous vous dites sûrement : « ha ben alors là, si le libre-arbitre ça amène à éviter les pogroms ou bien la lapidation de la violée, notre civilisation à bien raison de se baser sur ce mythe ».

Eh bien non. Parce que cette histoire de libre-arbitre est un château construit sur du sable et on ne peut pas se focaliser sur quelques cas qui nous plaisent bien et oublier tous les mauvais côtés.

Réinventer autre chose

Nous devons, à mon humble avis, reconstruire autre chose. Peut-être qu’on conservera une justice individuelle dans certains cas, mais pas forcément dans tous les cas non plus. Il ne s’agit pas de tout rejeter non plus du monde actuel par colère. Je pense qu’il ne faut pas non plus de nier nos singularités personnelles comme ce fût le cas dans les fascismes. Mais il faut faire le tri. Trouver un nouvel équilibre qui ré-intègre les notions de nature, de collectif, de peuple. Quelque chose comme ça. Nous devons tout revoir : notre justice, notre système politique, notre morale, notre système économique. Tout.

Si nous ne le faisons pas, nous continuerons de bafouer la nature et nous resterons impuissants devant le réchauffement et les pollutions de masse. Nous continuerons de subir la loi des marchés, la tyrannie des états et l’obscurantisme des religions. Nous continuerons de décliner (je parle de l’occident).

C’est pour ça que je suis païen : le mythe du libre-arbitre ne corresponds à rien de scientifique. On pouvait y croire à la renaissance quand l’église ne permettait pas de penser librement (paradoxalement) et que les connaissances scientifiques étaient rudimentaires. Mais ça n’est pas adapté aux connaissances actuelles sur la nature de l’homme. Sans ce mythe, le christianisme n’a aucun sens (car si Jésus vient laver les péchés, il faut qu’il y ait péché originel et il faut donc qu’on ait usé du libre-arbitre pour pécher). Sans ce mythe, la bible n’est qu’un bouquin racontant l’histoire du peuple juif (ça inclus le nouveau testament, je rappelle que Jésus était juif, et prêchait à des juifs). Je ne sais pas vous, mais moi, tout ça ne me concerne en rien.

Ce mythe a fini par déboucher sur la société atomisée que nous connaissons aujourd’hui, dans laquelle nous sommes aliénés. Il n’est pas étonnant que les occidentaux se tournent en masse vers des spiritualités alternatives, orientales. Mais tant qu’ils restent enfermés dans le paradigme individualiste, à mon avis, ce sera vain.

Il se trouve que nous avons pleins de mythes locaux, chez les Grecs, les Celtes et les Germains qui peuvent réveiller notre atavisme non individualiste. Et puis nous avons la science. Je pense que nous pouvons construire une meilleure spiritualité de nos jours, car nous disposons de connaissances plus poussées. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a tout un mouvement parmi les scientifiques de ré-appropriation de la spiritualité. On commence à parler de Renaissance ou de Lumières 2.0. Le chemin sera long. On ne refonde pas une société en quelques articles de blogs. Il faut entraîner un mouvement dans toutes les couches de la société. On est au cœur de la sociospiritualité.

Nous pouvons, nous devons, nous libérer du libre-arbitre, ce rêve devenu cauchemar.

Je suis païen et fier de l’être (même si ce mot est une insulte à l’origine).

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