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Résumé : L’avenir de la société industrielle de Ted Kaczynski

Suite à une vidéo chez « Juste Milieu » j’ai entrepris de relire le manifeste de Ted Kaczynski, car il traite de la question « nature vs technologie » et qu’il apporte des éléments très pertinents. Je vais résumer l’idée centrale de sa thèse, sans commenter, sans donner mon avis dans cet article. Mon but n’est pas de lui faire de la promotion ni l’inverse, mais de pousser à réfléchir à une question existentielle fondamentale : quelle liberté nous reste-t-il à l’age de machine ?

Ted Kaczynski décédé cette année, a été un « eco-terroriste » nommé Una Bomber (une série a été faite sur son histoire). Jusque-là, rien de bien remarquable. Sauf qu’il avait 167 de QI, qu’il a été docteur en mathématique et qu’il écrit un manifeste brillant, que l’on soit d’accord avec ses conclusions ou pas. Il met les pieds dans le plat. Ce manifeste est disponible en PDF en français sur la toile. Il n’est pas très long à lire. Je vais le résumer à ma façon, et mettre quelques citations ensuite pour appuyer mon propos. C’est un livre évidement dangereux à ne pas mettre dans toutes les boites crâniennes.

Le cœur de son propos tourne autour du processus d’auto-accomplissement (« power process » en anglais). On pourrait parler d’épanouissement. L’homme est fait pour relever les défis lancés par la nature (se nourrir, se chauffer, se défendre en somme). La société industrielle prend en charge ces aspects et le laisse avec ce qu’il appelle des « activités de substitutions« , des palliatifs qui ne lui laissent que des objectifs sans importance et demande soumission totale pour le reste. La société industrielle est très permissive, mais s’oppose radicalement à la liberté réelle. Ce qui produit des tendances sociales aliénantes, ce qu’il nomme la sur-socialisation et le sentiment d’infériorité qui se traduisent par un malêtre et un malaise grandissant qu’il associe au « progressisme ».

C’est la société industrielle contre la liberté. C’est l’un ou l’autre.

Pour être très clair, la société industrielle nous apporte la prospérité matérielle, mais au prix de notre santé mentale. De deux choses l’une, soit nous acceptons collectivement cette folie, et, passé un certain seuil, il sera irréversible, soit nous nous révoltons et mettons fin à la société industrielle et retournons au mode de vie pré-industriel, au moyen-âge donc. Nous sommes en plein cœur de cette « guerre » actuellement. Avec l’avènement de chatGPT, on peut dire que « nous y sommes ». C’est maintenant, dans les prochaines années, que le sort de l’humanité et même de la vie sur terre va se jouer. Ça peut sembler grandiloquent, voire eschatologique, mais je crois sincèrement que c’est le cas.

Les idées de Ted Kaczynski, à ma connaissance, n’ont pas été discutées par les universitaires. Il est juste rangé dans une case « malade mentaux » et étudié parmi d’autres terroristes. Même s’il ne cite pas de grands philosophes, il donne de nombreux exemples concrets et son analyse sociologique mérite qu’on s’y attarde.

Citations

  • Ce processus d’auto-accomplissement comporte quatre composantes. Nous nommerons but, effort et réalisation les trois composantes les plus aisément identifiables — tout le monde a besoin de buts qui exigent des efforts pour être atteints, et de réussir à en atteindre au moins quelque uns. La quatrième composante est plus délicate à définir et n’est peut-être pas indispensable à tout le monde ; il s’agit de l’autonomie, dont nous parlerons plus loin.
  • Nous utiliserons l’expression «activité de substitution» pour désigner une activité dirigée vers un but artificiel que les gens se donnent à seule fin d’avoir un but quelconque à poursuivre, et surtout pour le sentiment de «réalisation» qu’ils retirent de cette activité. Voici une règle simple pour identifier les activités de substitution. Soit un individu consacrant beaucoup de temps et d’énergie à atteindre un but quelconque ; demandez vous ceci : s’il devait les consacrer à satisfaire ses besoins biologiques, et que cet effort mobilise ses facultés physiques et mentales de manière intéressante et variée, souffrirait-il vraiment de ne pas atteindre cet autre but qu’il s’était fixé ? Si la réponse est non, il s’agit alors d’une activité de substitution.
  • La soumission : voilà tout ce que la société demande, ensuite de quoi elle prendra soin de vous, depuis le berceau jusqu’à la tombe.
  • Mais pour la plupart, c’est grâce à l’auto-accomplissement — avoir un but et l’atteindre par un effort autonome — que s’acquièrent estime de soi, confiance et sentiment de puissance. Pour quiconque n’a pas l’occasion de mener à bien le processus d’auto-accomplissement, les conséquences, qui dépendent de l’individu et de la manière dont ce processus est perturbé, sont l’ennui, la démoralisation, la dépréciation de soi, les sentiments d’infériorité, le défaitisme, la dépression, l’anxiété, la culpabilité, la frustration, l’hostilité, la violence envers sa femme ou son enfant, l’hédonisme insatiable, les déviations sexuelles, les troubles du sommeil ou de l’appétit, et ainsi de suite.
  • Nous divisons les aspirations humaines en trois catégories : 1) celles qui peuvent être satisfaites à l’aide d’un effort minime ; 2) celles qui peuvent être satisfaites, mais au prix d’efforts sérieux ; 3) celles qui sont impossibles à satisfaire, quels que soient les efforts fournis. L’auto-accomplissement est le processus qui consiste à satisfaire les aspirations de la deuxième catégorie. Quant à celles de la troisième, plus elles sont nombreuses, plus sont fréquents la frustration, la colère, le défaitisme, la dépression, etc.
  • Dans les sociétés primitives, les besoins matériels font généralement partie de la deuxième catégorie : on peut les satisfaire, mais seulement au prix d’un effort soutenu. Les sociétés modernes tendent, en revanche, à garantir la survie à tout le monde (9) au prix d’un effort minimum, de sorte que les besoins matériels se retrouvent dans la première catégorie.
  • Dans le monde moderne, des besoins sociaux comme la sexualité, l’amour ou la soif de prestige entrent souvent dans la deuxième catégorie, en fonction de la situation individuelle (10). Mais, sauf pour les gens ayant une soif de prestige particulièrement forte, l’effort demandé pour satisfaire ces besoins est insuffisant pour qu’il y ait réellement auto-accomplissement.
  • Ce qui fait que nous nous sentons en sécurité n’est pas tant une sécurité objective qu’un sentiment de confiance dans nos capacités à nous prendre en charge. L’homme primitif, menacé par une bête sauvage ou tenaillé par la faim, pouvait se défendre ou aller chercher de la nourriture. Il n’avait nulle certitude de voir ses efforts couronnés de succès mais il ne restait pas impuissant face aux menaces. L’homme moderne est quant à lui menacé par mille dangers contre lesquels il ne peut rien : accidents d’origine nucléaire, alimentation cancérigène, pollution, guerres, augmentation desimpôts, violation de sa vie privée par les grandes organisations, phénomènes économiques et sociaux qui peuvent affecter sa manière de vivre.
  • Les gens éprouvent de nombreux désirs passagers ou des impulsions qui sont automatiquement frustrés dans la vie moderne, et qui font donc partie de la troisième catégorie. On peut se mettre en colère, mais la société n’autorise pas la bagarre. Dans beaucoup de situations, elle ne permet même pas les agressions verbales.
  • La société moderne est, à certains égards, très permissive. Tant que le fonctionnement du système n’est pas en cause, nous pouvons faire généralement ce qui nous plaît. Nous pouvons choisir notre religion, du moment que cela n’entraîne pas un comportement dangereux pour le système. Nous pouvons coucher avec qui nous voulons, aussi longtemps que nous respectons les règles du «safe sex». Nous pouvons faire ce que nous voulons, dès lors que c’est sans importance. Mais pour tout ce qui a de l’importance, le système nous dicte de plus en plus précisément la conduite à suivre.
  • Les gens assouvissent également leur besoin d’auto-accomplissement par des activités de substitution. Comme nous l’avons exposé aux paragraphes 38-40, une activité de substitution est une activité dirigée vers un but artificiel que l’individu se donne seulement pour éprouver un sentiment de «réalisation» et non par besoin d’atteindre réellement ce but. Par exemple, il n’y a aucune raison pratique d’acquérir d’énormes muscles, de mettre une petite balle dans un trou ou de constituer une collection de timbres. Pourtant de nombreuses personnes sont passionnées par le body building, le golf ou la philatélie.
  • Nous avons expliqué dans ce chapitre comment beaucoup de parviennent plus ou moins à assouvir leur besoin d’auto-accomplissement dans la société moderne, mais nous pensons qu’il n’est jamais pleinement satisfait.
  • Par «liberté» nous entendons la possibilité de mener à bien le processus d’auto-accomplissement, avec des buts réels et non pas artificiels comme ceux des activités de substitution, et sans intrusion, manipulation ou contrôle de quiconque, en particulier d’aucune grande organisation. La liberté signifie la maîtrise — en tant qu’individu isolé ou membre d’un groupe restreint — des questions vitales de sa propre existence : la nourriture, l’habillement, l’habitat et la défense contre toute menace éventuelle. Être libre signifie avoir du pouvoir ; non pas celui de dominer les autres, mais celui de dominer ses conditions de vie. Nous ne pouvons être libres si qui que ce soit, en particulier une grande organisation — nous dirige, quelle que soit la manière dont ce pouvoir s’exerce, avec bienveillance, indulgence ou permissivité.Il est important de ne pas confondre liberté et permissivité.
  • Comme nous l’expliquions aux paragraphes 65-67 et 70-73, l’homme moderne est empêtré dans un filet de lois et de réglementations, et son sort dépend des agissements d’individus éloignés, sans qu’il puisse influer sur leurs décisions. Ce n’est pas un accident ni un effet de l’arbitraire d’arrogants bureaucrates, cela est nécessaire et indispensable aux sociétés technologiquement avancées. Le système doit réglementer le comportement humain pour fonctionner. Dans leur travail, les gens doivent obéir exactement aux ordres, sans quoi la production tournerait au chaos. Les bureaucraties doivent être régies par des lois rigides. Laisser une marge de manœuvre substantielle aux petits bureaucrates perturberait le système et susciterait des accusations d’injustice dues aux différentes manières dont les bureaucrates exerceraient leur fonction. Il est vrai qu’on pourrait éviter certaines restrictions de notre liberté, mais d’une façon générale l’administration de nos vies par de grandes organisations est nécessaire au fonctionnement de la société industrielle-technologique. Il en découle un sentiment d’impuissance chez l’individu ordinaire.
  • On exerce donc une très forte pression sur les enfants pour qu’ils excellent dans ces domaines. Il n’est pas naturel pour un adolescent de passer la plus grande partie de son temps assis studieusement à un bureau. Un adolescent normal désire passer son temps en contact direct avec le monde réel.
  • La technologie moderne est un système unifié où toutes les parties sont interdépendantes. C’est une preuve supplémentaire de l’incompatibilité de la société industrielle avec la liberté ; on ne peut se débarrasser des «mauvais» côtés pour ne garder que les «bons». Voyez les progrès de la médecine moderne : ils dépendent des progrès de la chimie, de la physique, de la biologie, de l’informatique, etc. Les traitements de pointe demandent des équipements coûteux, haut de gamme, ne pouvant être fabriqués que par une société économiquement riche et technologiquement novatrice. Il est évident qu’une grande part du progrès médical serait impossible sans l’ensemble du système technologique et tout ce qui s’ensuit.
  • Mais les gens qui se rebellent d’une manière ou d’une autre sont de plus en plus nombreux : chômeurs professionnels, gangs de jeunes, adeptes de cultes, satanistes, nazis, écologistes radicaux, groupes paramilitaires, etc.
  • Le système est engagé actuellement dans une lutte désespérée pour résoudre certains problèmes qui menacent sa survie, parmi lesquels celui du comportement humain, qui est le plus important.
  • Nous distinguons deux types de technologies : la technologie à petite échelle, mise en œuvre par des communautés restreintes, sans aide extérieure, et la technologie qui implique l’existence de structures sociales organisées sur une grande échelle. Il n’y a pas d’exemple significatif de régression technologique dans les communautés restreintes. En revanche, la technologie de l’autre type régresse réellement lorsque la structure dont elle dépend s’effondre.

Loi de UN - Johann Oriel