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Dr Lisa Feldman Barrett : non, nous n’avons pas un cerveau reptilien

Il existe plusieurs mythes scientifiques qui circulent actuellement, comme le fameux « cerveau gauche/droit » dont l’un serait rationnel et l’autre intuitif (ce qui est faux). Un autre mythe tout aussi répandu concerne le modèle du cerveau reptilien/mammalien/rationnel.

Pourquoi il est important de le déboulonner ? Nos instincts, nos émotions sont considérées dans notre culture comme étant « inférieurs », comme devant être dominés par la raison. Il est grand temps de réhabiliter les émotions.

Cette vision des choses découle de la philosophie humaniste qui plaçait la raison au pinacle et l’humain au sommet de l’évolution. Cette conception désuète imprègne encore de nombreux domaines et croyances populaires. La science n’en est plus là. Bien que la raison soit utile (de toute évidence), nos instincts et nos émotions aussi. Supprimez la peur chez quelqu’un et il ne peut plus « fonctionner » normalement (sans rentrer dans les détails, des expériences ont été faites sur des singes notamment).

Si la raison n’est pas là pour dominer les émotions, à quoi les deux servent-ils ? à gérer le budget énergétique du corps.

Le mythe

Le Dr Feldman Barrett identifie la théorie du cerveau triunique comme une notion occidentale basée sur une idée de la moralité humaine. Elle affirme que cette théorie repose sur la croyance que nos instincts (« cerveau du lézard ») et nos émotions intérieures (système limbique) sont en lutte constante avec notre « côté rationnel » (cortex cérébral) pour le contrôle de nos comportements, et que lorsque notre côté rationnel l’emporte, nous sommes jugés vertueux, moraux et sains. Lorsque nos émotions ou instincts (« bête intérieure ») gagnent, nous sommes jugés immoraux ou malades parce que nous n’avons pas travaillé assez dur pour dompter nos impulsions. Elle dit que cette vision morale du cerveau a informé les scientifiques jusqu’au 20ème siècle, malgré des recherches dans les années 1970 montrant des preuves du contraire.

Transforming Trauma Episode 041: The Brain & Body Budget w/ Neuroscientist Dr. Lisa Feldman Barrett

La théorie du cerveau triunitaire, qui divise le cerveau en trois parties distinctes, d’inspiration antique (chez Platon et Aristote), – le cerveau reptilien, le cerveau mammalien et le cerveau rationnel – a été largement acceptée pendant des décennies. Ce n’était qu’une hypothèse, qui a été réfutée, c’est devenu un mythe.

Cette idée est considérée comme trompeuse, puisque les structures dites du cerveau ‘mammalien’ ont évolué à travers la spécialisation de structures présentes depuis les plus anciens des vertébrés, comme la lamproie. Par exemple, le néocortex a évolué à partir de structures déjà existantes dont le pallium ; il n’a pas été rajouté par-dessus le reste du cerveau comme le suggère le modèle triunique.

La totale indépendance de trois cerveaux clairement distincts est aujourd’hui rejetée par de nombreux scientifiques, ceux-ci considérant plutôt les aires cérébrales comme des ensembles en interaction.

Wikipédia

Le cerveau reptilien est associé à l’instinct de survie, le cerveau mammalien est lié aux émotions et aux relations sociales, et le cerveau rationnel est responsable de la pensée logique et de la prise de décision.

Le budget énergétique

Le Dr Barrett propose une approche constructionniste de la cognition, selon laquelle le cerveau ne possède pas de circuits spécifiques pour des émotions ou des comportements prédéterminés. Au lieu de cela, notre expérience émotionnelle et comportementale est construite par notre cerveau en réponse à une combinaison d’indices sensoriels, de contexte et de nos propres attentes et croyances.

Par exemple, plutôt que d’avoir un centre émotionnel spécifique, le cerveau intègre une variété d’informations provenant de différentes régions pour générer une expérience émotionnelle. Les émotions ne sont donc pas simplement déclenchées par des réactions automatiques, mais plutôt construites à travers un processus complexe et dynamique.

L Dr Lisa Feldman Barrett explique : les émotions et la cognition jouent un rôle crucial dans la gestion du budget énergétique du corps.

Cette théorie propose que notre cerveau utilise des mécanismes émotionnels et cognitifs pour évaluer l’environnement et anticiper les demandes énergétiques. Les émotions, qui sont des constructions mentales basées sur des réponses sensorielles, nous aident à réguler notre niveau d’activation et à allouer efficacement l’énergie disponible. Par exemple, une situation stressante peut déclencher une réponse émotionnelle telle que l’anxiété, ce qui incite le corps à mobiliser plus d’énergie pour faire face à la demande perçue. La cognition, d’autre part, nous permet d’évaluer les coûts et les bénéfices potentiels de différentes actions, nous aidant ainsi à prendre des décisions éclairées pour maximiser notre efficacité énergétique. En intégrant les émotions et la cognition, notre cerveau peut adapter notre comportement et notre physiologie pour optimiser l’utilisation de l’énergie disponible et maintenir l’équilibre homéostatique du corps.

Loi de UN - Johann Oriel